Gigolo

« Bonjour,

Nous avons bien enregistré votre demande d’inscription. Vous nous avez réglé la somme due par les étudiants boursiers. Après vérification, il s’avère que vos droits ont expirés.
Nous vous prions donc de bien vouloir nous faire parvenir un chèque de 500 € à l’ordre du Service Financier de la faculté de Briançon avant le vendredi 21 octobre.
Cordialement. »

Encore une journée qui commence bien ! C’est une somme que je n’avais pas prévue. Je n’ai plus de contact avec mes parents, et me vois mal demander 500€ à un ami. La règle numéro 2 de l’amitié c’est : « Pas d’histoire d’argent entre amis », la numéro 1 étant : « Les meufs avant les potes ».

Le rendez-vous est pris. Je dois la rejoindre à 19h00 au bar de l’hôtel.
Je pars prendre une douche fraîche (c’est comme ça que je l’aime), me rase de près (elle n’aime pas trop la barbe de trois jours), me brosse les dents. Face à ma glace j’enfile un pantalon très foncé, presque noir, un peu délavé. J’essaye une, puis deux, puis trois chemises…rien ne me plaît. Mon regard se pose sur celle qui vient de sécher (évidement). Me voilà torse nu, face à ma table en train de repasser mon unique chemise blanche. Un peu de ce parfum légèrement boisé et très peu sucré (trop sucré serait la marque de quelqu’un d’un peu immature et peu sûr de soi) au creux du cou, un peu sur les poignets, j’enfile cette chemise de coton blanc (l’alcool a tendance à jaunir les tissus, il faut donc mieux s’habiller après s’être parfumé). Je mets ma montre, noue mes lacets, prend un peu d’argent et c’est parti.

Je pousse la porte, elle m’attend. Elle est assise au comptoirs du bar. De loin, je jauge un peu cette femme. Une petite cinquantaine, brune, cheveux mi-long. Elle est habillé d’une élégante robe bleu marine, resserrée à la taille grâce à un très mignon petit nœud blanc. Je m’approche d’elle d’un pas assuré, pose ma main gauche (très important) sur son dos et lui tends ma main droite (voyez que si j’étais arrivé par la gauche de cette femme je n’aurais pas pu lui tendre ma main droite).

« Bonjour, je suis Georges.
– Bonjour, Georges.
Elle me donnera son prénom si elle le souhaite, c’est pas très important.
– Je peux vous offrir un verre ?
– Avec plaisir. Je prendrai un Martini s’il vous plait.
M’adressant au jeune homme derrière le comptoir
-S’il vous plait, pourriez-vous nous apporter un Martini et un Laphroaig sans glaçons.
-Georges, pourquoi ce prénom? m’interroge-t-elle en appuyant sur le « ce » (le quoi?), pourquoi pas un nom un peu plus fun, plus jeune, pourquoi avoir choisi celui-là en particulier ?
-S’il ne vous plait pas, vous pouvez aussi m’appeler Bel-Ami.
-Très bien. Dans ce cas Georges, Virginie, enchantée.

Elle a compris, très bien. Le fait qu’elle veuille se prénommer Virginie m’en apprend bien plus que si elle m’avait donné son vrai prénom.
Elle n’est pas vraiment mon genre, un petit peu âgée pour moi. Même si elle fait illusion avec sa robe et ses chaussures hors de prix, elle ne semble pas être d’une grande classe. Mais semble cultivé (d’un autre coté, je me dis que lorsqu’on a cinquante ans, on a plus lu que lorsqu’on en a 25…Le fait qu’elle ai saisi l’origine de mon prénom ne prouve peut-être rien).

Le verre au bar est pour moi, c’est comme ça que je l’ai pensé, le reste sera pour elle.
Elle nous a réservé une table au restaurant de l’hôtel. Je n’étais que très rarement rentré dans ce genre d’établissement mais je m’y sentais comme un poisson dans l’eau, il était si snob! Tout moi.

Ce que je souhaiterais prendre :

Menu

 Oeuf Mimosa.
( Simple mais tellement délicieux )
 
 Filet de Saint-Pierre, cèpes et girolles.
(Je mange peu de poisson donc quand j’en ai l’occasion…)
 
Un Fraisier.
(Simple)

« Qu’est-ce que tu prendras ? »

Ce qu’elle prend :

Menu

Milles feuilles foie gras pain d’épices
(Rien de pire. Du pur mauvais goût alimentaire. Un truc un peu sophistiqué qui vient totalement foutre en l’air la finesse du foie gras. C’est pas compliqué, le foie gras c’est : pain d’épices tout juste saisi à la poêle, ou des petites tranches de pain grillées et le foie gras À PART, justement pour pouvoir doser)
 
Blanquette de veau
( La blanquette de veau, c’est à la maison, pas dans un restaurant. Car la meilleure est TOUJOURS celle de mamie)
 
Fondant au chocolat
(Elle doit avoir drôlement fin)

Là, pour moi c’est un numéro d’équilibriste entre ses envies, le vins qui va avec et mes envies. C’est elle qui paye, je passe en dernier. Grâce à un serveur complice, j’avais un peu étudié la carte des plats et un ami œnologue m’avait donné quelques tuyaux (ce travail de recherche fait parti du forfait)

Déjà les œufs c’est foutu. Avec son foie gras, il faut un vin blanc un peu liquoreux. Du coup, on va prendre un Sauterne ou un Layon
Ensuite, elle aurait fait exprès de m’emmerder qu’elle aurait pas fait autrement, le veau c’est chiant ! Un blanc sec et puissant.
Après, le dessert, on fait ce qu’on veut, c’est plus cool, ce sera sans doute deux coupes de champagne.

Ce que je prendrai :

Menu

Des Saints-Jacques aux poireaux
(pour aller avec le liquoreux qui va avec son foie gras)
 
Palourdes à la Napolitaine
(Pour aller avec le blanc sec et puissant)
 
Et un Fraisier.
(Le dessert, on peut se faire plaisir)

Nous mangeons tout en nous racontant des histoires. Elle et moi vivons, ce soir, un autre personnage. Plus le repas avance, plus nous nous détendons, surtout elle. Comme une règle de savoir vivre, une simple posture, Virginie tente de me séduire et évidemment Georges joue le jeu. Elle est de plus en plus entreprenante et semble avoir très hâte que le dîner s’achève. Je prétexte une envie pressente afin d’aller récupérer les clés de la chambre. Je retourne à table et l’invite à me suivre. Dans l’ascenseur, elle se lâche, m’embrasse, passe sa main de mon dos à mon cul puis glisse plus devant. Je ne peux totalement l’interrompre mais lui murmure de se calmer… Les portes de l’ascenseur s’ouvrent. Après ce repas, j’ai une furieuse envie de fumer. J’ouvre la porte de la chambre, la laisse passer devant moi et j’aperçois une bouteille de champagne posée sur la table basse de la chambre. Je tiens mon excuse pour fumer une cigarette. Je maintiens une certaine frustration en nous servant deux coupes et direction le balcon pour fumer. Je tire de grosses bouffées afin de calmer une certaine appréhension.

J’éteins ma clope, elle m’embrasse, nous passons dans la chambre. Elle est fougueuse, je suis réservé, c’est elle qui dirige. Dans l’élan, je ferme la baie vitrée et nous tombons sur le lit.

8h30 le lendemain, elle dort. Je me rhabille. Je prends l’argent que je lui ai demandé de poser sur la table de nuit. Je sors et ferme la porte.
Je rentre chez moi, j’ai encore sur les vêtements le parfum de cette dame. Je souffle et prend une douche bien chaude.
J’ai de quoi payer mes frais d’inscription.

Léon.

 Pour comprendre la petit intermède Georges/Bel-Ami/Virginie une petite lecture du Bel-Ami de Maupassant s’impose.

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9 commentaires

  1. Salut, il est bien ton texte ! c’est rythmé, intéressant, ça se lit bien, c’est concis mais détaillé !
    Tu deviens aussi hebdomadaire que Michel Drucker. Vivemement dimanche prochain !

  2. Hey Léon, juste pour te dire que c’est pas très bon de mettre du parfum direct sur la peau, ça donne des taches avec le soleil après… Voilà, c’est tout

    1. Oui, mais visiblement notre jeune homme semble plutôt noctambule ici. Et puis, sur la chemise ça fait des tâches aussi…qu’est ce qu’on peut faire dans ce cas là ?

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